Rapports Cameroun-France: Le MRC créé un incident diplomatique à l’Assemblée nationale

DOUALA - 02 DEC. 2014
© Prince EWAH et Ludovic AMARA | Le Messager

 

Alors que la représentation nationale s’était rassemblée dans l’hémicycle pour une plénière spéciale de soutien aux forces de sécurité et de défense contre Boko haram jeudi dernier, Lazare Souop, député du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) s’en est violemment pris à la France, provoquant le départ précipité du représentant de Paris de salle.

 

 

Il n’y est pas allé du dos de la cuillère, le député Souop lorsque le pupitre lui a été cédé, lors de la séance d’interventions des partis politiques représentés à l’Assemblée nationale. Alors que le staff de l’Assemblée nationale avait tout bien mitonné pour le grand show voulu par Cavaye Yéguié Djibril, le président de l’Assemblée nationale, alors que le gouvernement au complet avait fait le déplacement et que des diplomates accrédités à Yaoundé avait répondu présent, Lazare Souop est parti d’un long monologue qui a piqué au vif le Conseiller politique et presse  de l’ambassade de France à Yaoundé.

 

En effet, le député du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) ne voit que la France dans la crise sociopolitique et religieuse qui secoue la République Centrafricaine voisine depuis plusieurs mois. Non pas à travers sa force de maintien de la paix Sangaris, mais comme l’agent pathogène que nuit à la stabilité du pays. Une position que n’a pas goutée le représentant de la France qui a bondi de son siège de la tribune b de l’hémicycle pour joindre le dehors en signe de protestation. Joint au téléphone, le diplomate français refuse de commenter cet incident mais ne nie pas être sorti de l’hémicycle au moment où le député Lazare Souop pestait contre son pays.


Recadrage

Cependant la position du député Mrc ne semble pas non plus avoir plu à la direction du parti, qui le lui  a fait savoir au concerné. Après un recadrage en bonne et due forme, Maurice Kamto, le président du Mrc, s’est fendu d’un communiqué tout en finesse qui rappelle la position du parti sur les crises qui secoue le pays aux frontières. Le Mrc, écrit-il, « réitère son soutien indéfectible à [nos] forces de sécurité et de défense et sa solidarité aux populations des zones frontalières et aux familles éprouvées ».

 

Et comme pour ne pas s’attirer les foudres de la mère patrie, il tempère les déclarations du fougueux député  et précise, le Mrc « au-delà des rapports qu’entretient le gouvernement camerounais avec ses partenaires bilatéraux et multilatéraux, et plus particulièrement avec la République française, apprécie et encourage les efforts inlassables et multiformes qu’ils fournissent en faveur du Cameroun et des pays de la sous-région dans la lutte contre toutes les formes de terrorisme ». Sibyllin.  L’ambassade de France n’a pas officiellement réagi à cet incident et la représentation nationale n’a pas, jusqu’ici, fait cas de la prestation de l’honorable Lazare Souop. Même si d’après nos informations, de nombreuses hautes personnalités de la République, parmi lesquelles Cavaye Yéguié Djibril ont contacté à titre individuel, l’ambassade de France pour regretter « le propos » osé qui correspond en aucun cas à la vision qu’ont les dirigeants du Cameroun du rôle de la France dans le lutte contre le terrorisme au Cameroun.

 

Au sein du sérail, on rappelle que le message du président Hollande transmis à Paul Biya, le 27 octobre 2014  par Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale française était clair. Il  indiquait en substance que la France est aux côtés du Cameroun dans  la guerre contre Boko Haram et est toute disposée à lui apporter un soutien multiforme si le pays de Paul Biya en exprimait le besoin. « Nous voulons nous  en tenir aux termes et à  l’esprit  de cette correspondance et sommes convaincus de sa sincérité», commente un des plus hauts responsables du ministère des Relations extérieurs, joint au téléphone par Le Messager. Une position pourtant tout à fait antagoniste  à celle qu’expriment, sous cape, de nombreux dignitaires. Eux qui soupçonnent en privé, la France de manœuvrer pour un changement au sommet de l’Etat. Cette posture que les puissants de Yaoundé n’assument pas ouvertement, pourrait ainsi pousser à penser que le député Souop, aujourd’hui honni, n’a été, le temps d’un passage au pupitre de l’hémicycle de Ngoa-Ekelle, qu’un simple haut-parleur.

 

Prince EWAH et Ludovic AMARA

 



07/12/2014
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