Nécrologie: Le milliardaire Omgba Damase est mort

DOUALA - 08 MARS 2013
© Rodrigue N. TONGUE | Le Messager

Le magnat du négoce et un des derniers intimes du président Biya a succombé à une longue maladie hier matin, 7 mars 2013 à Paris.

C’est les yeux larmoyant que Maman Anastasie accueille ses visiteurs ce 7 mars 2013 vers 13 heures 30 dans sa demeure logée au sein de la grande concession qu’a construite sur environ un hectare, son oncle Damase Omgba en 1988. Fille de Papa Guillaume, le défunt frère du patron des lieux, elle raconte inlassablement les péripéties d’un début de journée difficile due aux annonces et démentis de la mort de celui qu’elle appelle « le grand-père ». « Un proche m’a appelée le matin me disant que le grand père est mort. Je m’en suis remise au majordome de sa résidence du quartier Bastos qui s’est contenté de me dire que le vieux était simplement trop fatigué en démentant la triste nouvelle. C’est vers 12 heures 30 que nous avons eu confirmation de sa mort via son dernier fils », relate-t-elle.

Au fur et à mesure qu’elle répète son récit, la maison se remplie de voisin du quartier « Damase » du nom du défunt et d’autres membres de la famille venus réconforter la famille. Enfin… de ce qu’il en reste après la disparition de la mère d’Omgba Damase et de son frère Guillaume décédés à la fin des années 1990. Très affectée par cette nouvelle disparition, Maman Anastasie dirige les journalistes qui ont assailli sa résidence vers son fils Eric Atangana visiblement un peu plus lucide. Ce dernier affirme que son grand père, était très malade depuis 2004. Ce qui l’avait quelque peu cloué au lit à sa résidence de Neuilly dans la banlieue chic de Paris. Très ému par la triste nouvelle et certainement conscient de la notoriété du défunt, il conseille aux journalistes de revenir après l’assise que la famille envisageait hier après-midi s’ils veulent obtenir quelques éléments de sa biographie et des photos de lui.


Françafrique

Mais d’après des recherches menées par Le Messager auprès de nombreux filleuls d’Omgba Damase, il est officiellement né en 1930 à Nsiméyong à Yaoundé. Mais lui-même revendiquerait de son vivant avoir vu le jour en 1920. Sur le plan professionnel, Omgba Damase qui n’a pas fait de longues études est reconnu comme un négociant multicarte dans les réseaux de la Françafrique. Des sources crédibles lui prêtent des rôles importants dans la vente des armes en Afrique centrale. Une grande implication dans les grands travaux de Btp dans la même sous-région. Un des fleurons de ces activités est le marché de la construction de l’aéroport de Nsimalen à Yaoundé au cours de la première moitié des années 1990. Omgba Damase est également présenté comme un faiseur et défaiseur de roi dans le régime de Paul Biya, son vieil ami. Les accointances de ce magnat du négoce international avec Luc Magloire Atangana Mbarga, Mama Fouda, Séraphin Fouda (un de ses neveux à Nsimeyong) font dire dans la chronique mondaine qu’ils lui doivent leur strapontin de ministre de la République. A preuve, en guise de reconnaissance au vieux, André Mama Fouda et autres Séraphin Fouda déporteront le meeting de campagne de Paul Biya pour Yaoundé III au cours de la présidentielle de 2011 dans le parking du magnat de la Finance mondiale au quartier Damase. Celui-ci, absent du pays et déjà mal en point physiquement, intimera l’ordre à toute sa famille d’accorder un accueil chaleureux à l’équipe de campagne de son ami de très longue date. A l’inverse la clameur «yaoundéenne» voit derrière la déchéance de l’ex ministre Aristide Okouda dans le gouvernement de Paul Biya, une disgrâce devant son « père » Omgba Damase. L’un des symboles de cette amitié entre le négociant et l’homme d’Etat est sans doute cette large photo rangée soigneusement dans l’une des villas de la grande concession du quartier « Damase » comptant une dizaine d’autres sur laquelle on voit Omgba Damase à vélo avec Paul Biya dans ses plantations de Mvoméka’a.

Même au quartier Damase qui porte son nom et peuplé à l’origine par les «Baaba», une petite famille Ewondo proche des Mvog-Atemengue, l’on est conscient de l’entregent du défunt qui en a fait profiter à son village maternel. « Le quartier était totalement enclavé avant 1985. C’est lui [Omgba Damase] qui l’a sorti de l’ornière en nous connectant au réseau de la Snec, de la Sonel et d’intelcam. C’est lui qui a initié également le bitumage de l’axe qui part de la chapelle Nsimeyong jusqu’à ce qui était à l’époque notre village », se septuagénaire autochtone du quartier venu réconforter la famille proche. Même les allogènes sont imbibés par le mythe « Damase ». Leon Kagou, propriétaire immobilier vivant dans le quartier depuis 1986 confie avoir toujours entendu parler de Damase comme un redoutable homme d’affaires proche de plusieurs dizaines de chefs d’Etats et d’anciens chefs d’Etats ; parmi lesquels Paul Biya que la légende dit être venu lui-même inaugurer la somptueuse villa de son ami en 1988. Il révèle en tout cas, que les habitants de Damase et de Nsiméyong sont éternellement redevables à leur voisin de son implication pour le développement de ce qui est devenu leur quartier.


Olympique de Mvolyé

Mais il n’y a pas qu’à Nsimeyong qu’on revendique des liens avec Omgba Damase. De nombreux habitants du quartier Mvolyé pas loin de là, lui témoignent leur reconnaissance pour la création du club de Football Olympique de Mvolyé. Qui du temps de la splendeur de l’Olympique de Marseille au début des années 1990 portait fièrement l’abréviation OM. Mais l’analogie entre le club phocéen et le club de l’arrondissement de Yaoundé III ne se limitait pas au sigle. Puisque au retour des Lions indomptables de la Coupe du monde 1990, Ombga Damase battait le rappelle des stars de l’aventure italienne. Si cette prouesse avait été réalisée de nos jours, on n’aurait baptisé les sociétaires de ce club de deuxième division « les galactiques ». Tant dans ces rangs on comptait, les Emmanuel Kundé, Bertin Ebwélè, Tawtaw Stephen, Ndip Akem, Louis Paul Fedé… et un certains Jean Paul Akono comme entraîneur. A l’OM… celle du Cameroun, on signalait alors des salaires galactiques pour le championnat de deuxième division pour ces héros de l’équipe nationale qui avaient décliné les offres de clubs plus huppés en Europe. C’était un caprice d’Omgba Damase qui voulait faire un pied de nez à ses « frères » du Tonnerre Kalara Club de Yaoundé avec lesquels il était en bisbille. Sa force de frappe financière fit que, même Philipe Mbarga Mboa supporter du cru le suivait dans son projet sportif. Mais on le sait, pour n’avoir pas pu monter en division d’élite, le « vieux » lâcha l’OM et le club présidé par Philipe Mbarga Mboa mourut de sa belle mort.

Sur le plan strictement privé, Omgba Damase qui s’est éteint officiellement à l’âge de 83 ans, laisse 5 enfants issus de son alliance avec la fille de Rudolph Douala Manga Bell déjà décédée. Des proches de ce légendaires « dealer de salon» très respecté à Yaoundé s’appuient sur cette conquête pour illustrer le sens très aiguë et très précoce à nouer des contacts utiles et à donner l’impression d’avoir des origines sociales enviables développé chez cet homme du sérail. Ce, auquel il ajoutait un charme physique agrémenté par de larges épaules et une allure d’Apollon qui lui avait valu dans sa jeunesse une très courte carrière de mannequin. Rideau sur la légende « Damase » !


08/03/2013
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