Le chef de l’Etat hésiterait, au risque de paraître comme un inhumain, à refaire l’équipe au moment où Philemon Yang est mal en point.
Le chef de l’Etat l’avait retenu en aparté de longues minutes durant, au terme du conseil ministériel du 27 novembre dernier. Ce jour-là, le Premier ministre n’avait montré aucun signe de fatigue ou de maladie. Et beaucoup crurent alors voir, en ce tête à tête au sommet de l’Exécutif, le signe que les choses allaient s’accélérer dans le sens du remaniement ministériel qui, logiquement, devrait suivre l’évaluation des feuilles de route des membres du gouvernement. Mais Paul Biya et Philemon Yang avaient, apprend-on de sources introduites, davantage évoqué la longue absence – au moins un mois, précise-t-on – du chef du gouvernement, qui s’apprêtait à s’envoler pour les Etats-Unis pour des raisons de maladie.
Même à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen, quelques heures plus tard, le Pm, qu’accompagnaient son épouse et de quelques proches, semblait enjoué. Mais cette bonhommie affichée cacherait un réel malaise qui ne serait pas dû qu’à des problèmes de santé…
En effet, lors de son exposé au Palais de l’unité, le Pm a reconnu que la revue d'étape des feuilles de route avait, malgré des «avancées», «cependant mis en lumière des disparités dans les résultats suivant les secteurs et les ministères». Le communiqué publié à cet effet par le secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, prête à M. Yang d’avoir souligné «la nécessité d'efforts supplémentaires dans la maîtrise de cet instrument de planification par certains ministères, «l'adéquation entre les actions retenues et les ressources budgétaires, et l'accélération des procédures de passation des ' marchés publics». Avant de proposer «un train de mesures destinées à répondre aux diverses préoccupations identifiées, en vue de meilleurs résultats».
Autant donc dire qu’un coup de balai gouvernemental ne serait point une surprise. Et que le Premier ministre, patron d’une équipe jugée globalement médiocre, devrait être le premier à payer ces contreperformances. Le prétexte de la maladie ne serait-elle alors qu’une dérobade d’un homme accablé par son bilan ? Rien n’est moins sûr.
Toujours est-il que des sources introduites font aujourd’hui état de contacts discrets – certains diront secrets – de quelques proches collaborateurs du locataire d’Etoudi, dans le but de trouver un successeur de poids à Philemon Yang et, par voie de conséquence, permettre un nettoyage en profondeur au sein d’une équipe ayant étalé ses limites. Mais, autant il est imprudent de parler des absents, autant Paul Biya, taraudé par la pudeur, semble éprouver du mal à se défaire d’un homme qu’on dit rongé par la maladie. D’où la question qui hante aujourd’hui plusieurs esprits avisés au sein du sérail : qu’adviendrait-il si l’absence du Premier ministre venait à se rallonger surtout au moment où l’homme serait dans le viseur de l’Epervier pour dit-on, la gestion scandaleuse de Camairco dont le Pm est le président du conseil d’administration ?