Enquête sur la corruption au Cameroun : qui est Dooh Collins ?
L'intégralité du câble l'ambassade des Etats-Unis publié par Wikileaks
RESUME
Francis Dooh Collins est l'interlocuteur désigné du ministre de la
Justice Amadou Ali dans la collaboration avec les gouvernements
étrangers relativement à l'enquête anti-corruption menée par ce dernier
(reftels). Bien que quelques unes des prétentions irrégulières de Dooh
Collins nous aient donné raison de douter de sa crédibilité, il a réussi
à produire une requête d'assistance légale signée par Amadou Ali
(septel), et il est, du moins pour l'instant l'agent désigné du
gouvernement camerounais (GRC) à cet effet. Dans l'intérêt de la
République du Cameroun (GRC) de développer un effort anti-corruption
plus professionnel et plus durable, nous chercherons à convaincre Amadou
Ali de mettre en place bientôt une structure spécialisée formelle
traitant de cette enquête et des requêtes analogues pour la République
du Cameroun (GRC), permettant ainsi de réduire au minimum le facteur
d'imprévisibilité inhérent au rôle énigmatique de Dooh Collins. Fin de
résumé.
CONTEXTE
2. (C) Le ministre camerounais de la Justice Amadou Ali avait désigné
Francis Dooh Collins pour agir en tant que personne ressource dans une
série d'enquêtes anti-corruption parce que, disait-il, Dooh Collins
provenait d'une famille camerounaise hautement réputée (refb). Amadou
Ali continua en disant qu'il serait prêt à laisser tomber Dooh Collins
si le gouvernement américain (USG) avait des informations controversées
ou des soucis à son endroit.
3. (C) A la demande d'Ali, l'ex ambassadeur Marquardt à reçu plusieurs
fois Dooh Collins et son collègue de nationalité américaine Robert
Horwath dans les semaines du 4 et du 11 juin (ref a). Horwath ne prendra
part à aucune autre rencontre par la suite. Poloff a rencontré Dooh
Collins le 12 Septembre, le 24 septembre et le 10 octobre. Les
informations sur les cartes de visites de Dooh Collins et Robert Howarth
ainsi que sur la carte nationale d'identité camerounaise de Dooh
Collins sont présentes aux paragraphes 10 et 11 ci après
DOOH COLLINS ET LES 1 MILLION DE DOLLARS US.
4. (C) Dans une rencontre avec Poloff datant du 12 septembre et qui a
duré presque deux heures, Dooh Collins a exprimé sa satisfaction
générale dans l'évolution de la coordination générale entre le (GRC) et
le (USG), le Royaume-Uni et d'autres pays encore. Dooh Collins a fait
cas du montant de 1 million de dollars US mis à sa disposition par
Amadou Ali pour l'enquête (refs a et b) et il a dit qu'il en demanderait
davantage. En réponse aux questions de Poloff lui demandant la
véritable justification de la somme de 1 million du dollar US exigé,
Dooh Collins a dit que ces fonds devaient assurer la coopération des
gouvernements étrangers et des autres partenaires impliqués dans
l'enquête.
Dooh Collins a commencé par expliquer que ces fonds étaient utilisés pour « appâter » les services secrets suisses et français devant fournir d'importantes informations car selon lui dans le cas contraire ces derniers auraient prétexté leur indisponibilité et l'absence d'intérêt à collaborer avec le Cameroun. Il a continué en disant qu'il avait aussi octroyé des fonds aux services secrets (R.U) afin d'assurer leur collaboration et il a fini son explication en affirmant qu'il utilisait ces fonds pour payer le voyage et le travail réalisé par le gouvernement américain, en particulier aux cadres des services secrets du Département de la Sécurité intérieure, pour payer deux cadres des services secrets devant se consacrer au dossier Cameroun et pour payer leur voyage. Poloff a réitéré ces informations à Dooh Collins aux fins des vérifications, et Dooh Collins a confirmé avoir affirmé (déposer) qu'il avait octroyé des fonds au gouvernement américain (USG) et a d'autres administrations dans le but de rétribuer et motiver leur collaboration dans l'enquête. Poloff a transmis ces informations aux officiels du Département de la Sécurité intérieure à Washington qui ont catégoriquement reniés les allégations de Dooh Collins (ref b).
5. (C) Lorsque Poloff a recausé de cette affaire au cours d'une conversation datant du 10 Octobre, Dooh Collins a dit qu'Amadou Ali allait demander à Biya 600 000 dollars US en plus dès que celui-ci sera de retour de Genève. En réponse à Poloff lui demandant pourquoi des sommes si importantes seraient nécessaires, Dooh Collins a dit qu'il devait les payer à un avocat au Luxembourg et à d'autres partenaires non spécifiés ayant contribué à l'enquête. (Remarque : Lors de la réunion du 12 Septembre, Dooh Collins a dit qu'il travaillait avec André Lutgen, avocat au Luxemburg. Fin de la remarque)
LA PARTITION FRANCAISE
12 Septembre avec Poloff, Dooh Collins déclarait que peut de temps après
sa naissance au Cameroun sa famille s'est installée en France, où il a
passé l'essentielle de sa vie et disait-il, a travaillé pour les
services secrets français. Dooh Collins a rapporté que le gouvernement
français lui a signifié sa désapprobation de cette mission
anti-corruption et lui a dit de ne pas voyager avec un passeport
français pendant qu'il la mènerait.
Dooh Collins a rapporté que le gouvernement français était précédemment intervenu pour détourner des enquêtes camerounaises parce que de telles enquêtes devaient inévitablement déboucher à des collusions d'éminentes personnalités de la classe politique française et des affaires. Dooh Collins a prétendu que des agents des services secrets français avaient alors cambriolé le bureau de Biya et emporté la liste « des suspects » pour ensuite la livrer à la presse afin de discréditer l'enquête. Dooh Collins déclarait que pour cette raison les Français ne devaient pas être mis au courant de l'enquête (Plus de détails relatifs aux soupçons du gouvernement camerounais sur l'opposition française à l'effort anti-corruption aux refs a et b). Au cours de la réunion du 10 octobre qui allait suivre, Dooh Collins a exprimé son voeu de voir le gouvernement français plus coopératif sous la houlette de Sarkozy.
DOOH COLLINS ET LA POLITIQUE CAMEROUNAISE
7. (C) Dooh Collins ne fait pas mystère de ses ambitions personnelles
au-delà de la présente enquête. Il nous a montré des documents qu'il
prétend avoir présenté à Biya et qui exposent ses idées sur la
restructuration de certains secteurs sensibles y compris la gestion des
revenus du pétrole et la dette publique. Le 10 Octobre il a prétendu que
Biya avait déjà cédé d'énormes pouvoirs à Amadou Ali et qu'il était
déjà presque conclu que Biya désignerait Amadou Ali pour lui succéder en
2011.
Dooh Collins a déclaré qu'un remaniement ministériel prévu pour mars 2008 relèverait le premier ministre Inoni Ephraim et nommerait à sa place l'actuel secrétaire général- adjoint à la présidence de la République, l'anglophone Philémon Yang. Dooh Collins affirmait qu'il y a plusieurs dossiers concernant Inoni, y compris celui de son implication dans « l'affaire Albatros » mais Inoni est pour l'instant laissé en dehors de l'enquête du gouvernement camerounais afin d'éviter la colère de ses supporters dans sa base anglophone.
PROCHAIN VOYAGE DE DOOH COLLINS
8. (C) Dooh Collins avait déjà eu des entretiens avec les
missions diplomatiques des Etats-Unis (US), du Royaume-Uni (RU), du
Canada, des Pays-Bas, et de l'Italie à Yaoundé. Dooh Collins a dit qu'il
voyagera pour Genève, Luxembourg et Londres quelques temps après le 03
octobre afin de rencontrer des officiels qui contribuent à l'enquête.
Dooh Collins a manifesté l'intérêt de retourner aux Etats-Unis afin de
rencontrer les officiels du gouvernement américain (USG) à Washington et
à Miami mais à dit qu'il suspendrait son voyage en attendant de
recevoir la réplique deWashington sur la requête d'Assistance Légale
Réciproque (MLA) qu'il a soumise.
COMMENTAIRE: REDUCTION DE L'IMPROVISATION
9. (C) Commentaire. Dooh Collins aura été jusque là un élément
essentiel dans l'ambitieux projet d'Amadou Ali d'exploiter des
ressources internationales pour une enquête anti-corruption. Ses
prétentions à utiliser les fonds du gouvernement camerounais (GRC) pour
rémunérer les gouvernements étrangers dans ce processus, y compris celui
des Etats-Unis, nous troublent; toutefois la crédibilité de Dooh
Collins a peu d'incidence sur l'objectif plus grand d'une coopération
dans la lutte anti-corruption entre les gouvernements Camerounais et
Américains. En délaissant la personnalité de Dooh Collins, on peut
comprendre qu'une enquête anti-corruption sérieuse impliquant des
agences rattachées à de nombreux gouvernements exigera un système
d'échange plus formel. Dans l'intérêt de développer une lutte
anti-corruption plus professionnelle et plus durable de la part du
gouvernement camerounais (GRC), nous chercherons à convaincre Amadou Ali
de mettre en place bientôt une structure formelle chargée des présentes
et d'autres requêtes semblables du gouvernement camerounais, ce qui
pourrait aussi contribuer à réduire le facteur d'improbabilité lié au
rôle énigmatique de Dooh Collins.
10. (SBU) Informations provenant de la carte nationale d'identité camerounaise de Dooh Collins :
Nom : Francis Ebosse Theodore Dooh Collins
Date de naissance : 23 Février 1960
Nom du Père : Henri Ned Collins Dooh
Mère: Riquette Borgy
Profession : Expert Comptable
Taille 1.77 m
Poids : 91 kg
Numéro 106991164
Délivrée le 29 Octobre 2005
Fin des informations de la carte nationale d'identité de Dooh Collins
11. (SBU) Informations sur les cartes de visite de Dooh Collins et Robert Horwath :
Services Conseil Petrole (PAS) Ltd.
Francis Dooh Collins
Directeur des Finances et des Projets
16, chemin des Morettes
1273 arzier/VD-Switzerland
Tel : 41 78 888 88 89 Fax : 41
22 366 00 48
Cell : 41 786 06 83 23 / 333 89
62 84 40
Email : petroladvise@hotmail.com
(Ecrit à la main : 75-82-04-88)
Robert Horwath
Directeur Générale des Trafics Maritimes
16, chemin des Morettes
1273 arzier/VD – Switzerland
Tel : 41 78 888 88 89
Fax : 41 22 366 00 48
Cell : 41 789 08 98 91
E – mail : goptasltd@hotmail.com
Fin des informations sur les cartes de Dooh Collins and Robert Horwath. NELSON