DISCOURS DU 10 FÉVRIER 2014:LETTRE OUVERTE D´UN JEUNE CAMEROUNAIS À PAUL BIYA :: CAMEROON

 

ameroun - Discours du 10 Février 2014 : Lettre ouverte d´un jeune camerounais à Paul Biya "Vous nous posiez cette question lancinante, ce 31 Décembre 2013: « Que nous manque-t-il ? » Si Jeunesse savait comme Vieillesse, je vous dirais simplement qu’il nous manque un Président qui écoute sa Jeunesse, croit en sa jeunesse, la protège et la met au travail. Si vous êtes ce Président, faites-le enfin, Monsieur le Président ! C’est le seul sens à donner à une Fête de la Jeunesse et au discours qui la précède". 

Excellence,

Le 10 février 2014, vous allez vous adresser aux jeunes de notre pays, à l’occasion de la 42ème Edition de la Fête de la Jeunesse. Un exercice auquel vous vous soumettrez pour la 32ème fois pour communier avec plus de 75% de votre population dont la Charte Africaine de la Jeunesse, ratifiée par le Cameroun, a repoussé la limite d’âge à 35 ans pour consacrer une sorte d’infantilisation de notre peuple. Cette limite d’âge de la jeunesse est de 26 ans ailleurs.

Excellence,
 Vous allez donc encore communier avec plus de 75% de vos concitoyens. Ce « fer de lance » qui vous observe, vous écoute, vous attend depuis 32 ans. C’est plus de 60% de la population potentiellement active et productive qui va lire sur vos lèvres les vrais signes de l’espérance. Espérance attendue dans un pays pauvre et très endetté et surtout miné par la corruption,les atteintes graves à la fortune publique et la déchéance morale et sociale sous toutes leurs formes. C’est malheureusement ce à quoi la jeunesse de votre pays a eu droit pendant ces trente dernières années, qu’on espérait glorieuses quand vous aviez annoncé  dès 1982 une ère nouvelle de rigueur, de moralisation et de justice sociale. En sommes-nous si proches après votre discours du 31 décembre 2013 ? 

Vœux pieux, espoirs déçus, rêves brisés. Vous vous étonnez du niveau indécent de la décrépitude de la morale, de l’éthique, des mœurs publiques et privées ainsi que de la gouvernance globale. Notre pays est  Champion du monde de la Corruption. L’unité de détournement de fonds publics au Cameroun est le milliard, Excellence. On est champion du monde pour ça ! Mais la Jeunesse d’aujourd’hui refuse de brandir ce trophée Monsieur le Président !

Monsieur le Président,

Vous êtes entré dans la haute administration publique de notre pays en 1969, quand aucun de ceux à qui vous vous adresserez ce 10 Février 2014 n’avait encore vu le jour. Vous n’aviez que 29 ans et vous étiez un modeste fils de paysan ordinaire et croyant de Mvomeka. Vous étiez vraiment jeune, fier, éduqué à la bonne école et prêt à servir avec un zeste de patriotisme et de loyauté sous le 1er Président du Cameroun, feu Ahmadou Ahidjo. 

13 ans après, en 1975, à l’âge de 42 ans, vous deveniez son Premier Ministre et successeur constitutionnel. Et en 1982, à l’âge de 49, le 06 Novembre 1982, vous accédiez à la magistrature suprême, après la démission de votre « illustre prédécesseur ».Vous étiez porté en triomphe et soutenu par la jeunesse même lors des vos premières dures et tristes épreuves d’exercice de pouvoir. 
Vous représentiez la trajectoire exemplaire de la jeunesse patriotique et dynamique qui a fait du Cameroun, malgré les turbulences de l’histoire, un pays prospère et stable, un pays à revenu intermédiaire (donc proche de l’Emergence en mode aujourd’hui). Le pays dont vous héritez avait par exemple plus d’une quarantaine de sociétés publiques et parapubliques en très bonne santé économique et managériale et d’importantes réserves financières. Ce pays avait «  des ressources nombreuses et complémentaires, une économie en expansion continue, des finances saines…une population laborieuse et une jeunesse dynamique »(Ahmadou Ahidjo). 

 Excellence,

En 2014, le plus « jeune » ministre de votre gouvernement actuellement en fonction à…48 ans. Il est plus âgé que vous de 19 ans quand  vous accédiez aux grandes fonctions d’Etat. La moyenne d’âge officiel des ministres de vos gouvernements successifs et pléthoriques est d’environ 60 ans. Age de la retraite dans tous les pays que vous admirez et citez en modèle de développement, y compris les économies émergentes. 
Convenons que, malgré toute leur volonté, ces « jeunes de 60 ans » sont incapables d’imaginer ou de rêver à un Cameroun émergent en 2035. Même pas ces ministres de la Jeunesse que vous nous imposez et qui n’ont rien de jeune. Pendant ce temps, la jeunesse qui a encore le droit et la force de rêver est interdite de le faire. Elle est  mise à la touche, happée par les vagues de l’émigration clandestine, agressée par un chômage endémique, violée par toutes les pratiques immondes et contre-nature.  La plus intolérable étant l’homosexualité qu’un certain lobby occidental veut nous imposer, dans un plan de destruction diabolique. 

Pour la jeunesse, Monsieur le Président, les réalités font mentir vos discours. La Jeunesse n’est pas impliquée. Elle ne se sent plus concernée par cette imaginaire œuvre de construction nationale. Les multiples projets et financements que vous leur accordez chichement sont devenus des simples rituels d’initiation à la corruption, aux détournements et aux trafics de tout genre auxquels leur soumettent vos fonctionnaires cleptomanes. Ils nous font prendre les mirages pour les miracles. Que non !

Excellence,

Dans votre adresse à la Nation du 31 Décembre 2014, vous avez pour une fois eu le courage de poser des vraies questions. Vous avez réussi à faire mentir vos laudateurs, qui disent être  vos « créatures » (Jacques Fame Ndongo). Mais nous attendions des vraies réponses. Des vraies réponses parce que vous avez demandé et obtenu des majorités absolues et écrasantes (présidentielles, sénatoriales, législatives, municipales) à toutes les dernières consultations électorales. Vous l’avez exigé pour laminer, aplatir une opposition devenue « imbécile » (Achile Mbembe) et surtout sans visage. Ces majorités devenues quasi rituelles provoquent certainement une grave obésité électorale et politique. Celle-ci est cause de fatigue, d’inertie et d’immobilisme que vous décriez aujourd’hui. Entendons-nous pour une fois !

Vous exigiez même de vos compatriotes ces scores à la soviétique pour vous donner une large marge de manœuvre dans vos desseins de « grandes ambitions », « grandes réalisations » et « d’Emergence en 2035 ». Excellence, y croyiez-vous sincèrement avant et après votre dernier discours, dans ce contexte d’inertie, de cleptomanie, de ploutocratie, de gérontocratie et surtout d’impunité érigées autour de vous en mode principal de gouvernance ?

Monsieur le Président,

Pour simple mémoire et par devoir de parole donnée, vous avez dans vos derniers discours, promis une Académie de Football (qui ne m’intéresse pas beaucoup) et une amélioration de l’encadrement des pauvres jeunes conducteurs de mototaxis, 200 000 emplois dans le secteur formel. Vos ministres ont depuis oublié ces trois promesses récentes que vous avez faites à la jeunesse. Mais pas vous, les jeunes non plus.

Où en sommes-nous, Monsieur le Président ? Le Conseil National de la Jeunesse est devenu un gros éléphant blanc donc le bilan s’est limité à balade de son Président National à la Maison Blanche et une poignée de main de Barrack OBAMA (qui n’est pas une Excellence aux USA). Les jeunes ont abandonné la politique au sens noble à ces mystificateurs, marchands d’illusion qui la transforment en scène de vaudou moyenâgeux.  

La presse annonce, sans le moindre démenti officiel, que la libération des quelques otages français a coûté près de 6 milliards de nos rares francs. Bien fait pour la diplomatie et l’humanisme dont vous faites montre. Des dizaines de jeunes filles, ont été sauvagement violées et mutilées au quartier Mimboman-Yaoundé, à quelques encablures de votre Palais. 

Des milliers de camerounais, dont beaucoup de jeunes, sont morts de choléra (une honte pour votre long règne), de paludisme ou d’inondations dans le grand Septentrion ces dernières années. Quel a été le montant de toute votre sollicitude et de votre générosité à l’égard de ces jeunes compatriotes ? Votre réelle sollicitude ne se manifesterait-elle que pour nos amis étrangers et francais ? Curieux sens de la bonne charité ! 

Le recrutement de 25 000 jeunes dans la fonction publique fut une hérésie managériale, un pis-aller qui masque mal une incapacité certaine à répondre aux réelles et vraies préoccupations de la jeunesse désespérée et silencieuse. Simplement parce que nos grandes et vraies entreprises publiques et parapubliques (pourvoyeuses de vrais emplois) ont été vandalisées, vampirisées par ces « créatures »  que vous y avez nommées de façon discrétionnaire.

Excellence,

Vous parlez de dysfonctionnement, de goulots d’étranglements, de doublons partout dans votre pays. Un jeune, pas encore docteur et expert, pense que ces 05 Ministères –Education de Base, Enseignements Secondaires, Enseignement Supérieur, Recherche Scientifique et Innovation, Emploi et Formation Professionnelle- font le même travail. De même que ces 03 autres : Fonction Publique et Reforme Administrative, Travail et Sécurité Sociale,  Emploi et Formation Professionnelle. Que dire de la CONAC, l’ANIF, le TCS, le CONSUPE etc. 

Toutes ces institutions se marchent dessus, se neutralisent. Vous l’avez voulu ainsi. Leurs responsables que vous nommez ont parfois plus de 30 millions d’indemnités mensuelles en dehors des « autres avantages de toute nature ». Pourtant les jeunes n’ont ni emplois décents, ni eau, ni électricité. 
 
Mais la Jeunesse reste silencieuse, très silencieuse. Pour combien de temps encore, Excellence ? Nous posons ces questions parce que nous ne sommes pas mandatés comme vous pour y répondre. Malheureusement.

Monsieur le Président,

 

 

Il paraît que nous sommes enfin  « à la croisée des chemins ». Enfin   « la croisée des chemins » ! Après le « bout du tunnel ».  Du très long et sombre tunnel de 32 ans. Votre ancien homologue, Lula Da Silva, a changé le visage du Brésil en deux mandats de 04 ans ! On peut lui demander comment il a fait !

Vous nous posiez cette question lancinante, ce 31 Décembre 2013: « Que nous manque-t-il ? » Si Jeunesse savait comme Vieillesse, je vous dirais simplement qu’il nous manque un Président qui écoute sa Jeunesse, croit en sa jeunesse, la protège et la met au travail. Si vous êtes ce Président, faites-le enfin, Monsieur le Président ! C’est le seul sens à donner à une Fête de la Jeunesse et au discours qui la précède. 

Très patriotiquement vôtre.

© correspondance particulière : Foyet Eric Kennedy


10/02/2014
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