Législatives: La déclaration de Maurice Kamto

YAOUNDE - 19 JUIL. 2013
© Jean-Bruno Tagne et Aziz Salatou | Le Jour

La douloureuse histoire du Mrc s'est réécrite hier. Comme au commencement.

Yaoundé. Août 2012. Le meeting de lancement des activités du parti de Maurice Kamto est interdit par les autorités administratives, L'ancien Ministre et ses camarades sont bloqués par la Police dans une salle de l'hôtel Hilton. Face à leur détermination, les forces de l'ordre ordonnent que la lumière y soit coupée. Le tout nouveau Président lira alors son discours à la lumière des torches et autres téléphones portables. «La nuit précède le jour», dira Maurice Kamto.

Hier, il a remis ça. Après que les dossiers du Mrc ont été refusés par Elecam dans les circonscriptions du Mfoundi et des hauts-Plateaux, Maurice Kamto a convié la presse à une conférence au siège de son parti à Odza. Peu après 20h, lorsqu'il arrive sur les lieux, il s'apprête à entretenir les journalistes quand une coupure brutale d'électricité vient l'interrompre. C'est à la lumière des phares de voitures qu'il s'exprimera. Une plaidoirie du professeur agrégé de droit qui dure une quinzaine de minutes. «Sans bord». En voici l'intégralité:


«Mesdames messieurs de la presse,
Chers camarades du MRC,


Les instances dirigeantes de notre parti vous ont convié à cet échange ce soir dû aux évènements d'actualité liés à l'organisation des prochaines élections municipales et législatives. Je voudrai avant toute chose vous remercier de l'intérêt que vous portez aux activités de notre formation politique. Intérêt qui se traduit par votre présence à nos manifestations et à nos conférences de presse.

Ce soir en particulier, nous avons pensé qu'il était bon de partager avec vous, l'information relative à la situation du dépôt des dossiers des partis politiques, en l'occurrence de ceux du Mrc aux prochaines élections. Nous avons constitué des dossiers dans plusieurs circonscriptions électorales dans diverses régions, y compris, naturellement la capitale de notre pays et le département qui abrite cette capitale, qui est le département du Mfoundi.

Dans deux circonscriptions électorales où l'on organise des législatives et municipales, les dossiers du Mrc n'ont pas été acceptés à Elections Cameroon. Il s'agit du département des Hauts-Plateaux et du département du Mfoundi. Il s'agit de deux départements symboliques s'il en est. Le Mfoundi, parce que, comme je le rappelais, c'est celui qui abrite le siège des institutions de la République. Le département des Hauts-Plateaux parce que, dans le langage politique camerounais, je suis originaire des hauts-Plateaux. Mais, il n'a échappé à personne, et votre perspicacité l'a éventé avant cette conférence de presse, que j'étais candidat aux élections législatives dans le Mfoundi avec un certain nombre de mes camarades dont certains sont ici présents, y compris sa majesté Biloa Effa.

Dans les deux cas, l'argument avancé est que les attestations de paiement des cautionnements sont arrivées tardivement à Elecam. Je dois ici, avant de continuer, rendre un vibrant hommage au personnel de l'administration, notamment des services du Trésor central et à ceux d'Elecam. Ils n'ont ménagé aucun effort pour rendre possible le dépôt des dossiers. Mais, il se trouve que, le refus qui a été opposé à nos dossiers, nous plonge dans l'incompréhension, et en réalité, nos militants dans le désarroi au regard du travail remarquable qu'ils ont fait depuis plusieurs mois pour implanter. Le parti dans ces circonscriptions électorales, pour ne pas dire sur l'ensemble du pays.

Ne croyez pas un seul instant, que cela enlève à la motivation et à la détermination à participer pleinement au jeu politique camerounais.

Les arguments avancés ignorent la réalité de ce qui est prévu dans le Code électoral et les contraintes du fonctionnement de l'administration. Le personnel de l'administration peut être extrêmement dévoué et serviable mais cela n'empêche que ça reste des êtres humains. De quoi s'agit-il concrètement?

Nous n'avons pas demandé à Elecam d'accepter un seul dossier du Mrc qui n'était pas déjà à Elecam. Les représentants du Mrc sont arrivés à Elecam avant Minuit. La Crtv nous le rappelait encore ce matin, notamment dans l'émission en anglais, que nous sommes parmi les partis politiques à être arrivés à Elecam avant minuit. Seulement, nous ne pouvions pas déposer notre dossier avant d'y avoir adjoint le récépissé de versement du cautionnement. Mais ce récépissé ne dépendait pas de nous. Il était en confection au Trésor. Je rappelle en passant que nous sommes arrivés au 'Trésor à 14h le 17 juillet. Mais, de 14h à minuit, nous n'avons pas pu sortir l'ensemble des récépissés qu'il fallait pour nos dossiers. Le personnel du Trésor a continué de travailler d'arrache-pied jusqu'à ce matin.

Quel est le sens de l'ouverture du service public chargé de fournir les pièces pour la constitution des dossiers si ce n'est pour dire qu'effectivement on va permettre aux partis politique d'entrer en possession de ces documents pour finaliser ou compléter leurs dossiers. Nous sommes donc partis confiants lorsque nous avons eu enfin nos récépissés. Nous sommes partis confiants à Elecam, mais malheureusement on nous a dit qu'on ne pouvait pas recevoir ces dossiers.

Je voudrai dire que le Mrc est né dans des conditions difficiles comme vous le savez. Nous avions dit alors que la nuit précède le jour et nous avions donné une conférence de presse dans les mêmes conditions que, celles d'aujourd'hui. C'est-à-dire dans l'obscurité. Vous êtes témoins qu'à peine je suis arrivé, la lumière est partie. C'est une coïncidence. Je ne voudrai accuser personne. Mais, à tout le moins, c'est une coïncidence étrange.

La nuit précède le jour. Et le jour se lèvera sur le Cameroun. C'est notre conviction. Pour tout notre peuple. Car notre discours est le même: rassembler l'ensemble des Camerounais pour offrir un autre avenir à notre pays, à notre peuple.

Nous restons dans l'espoir que les responsables d'Elections Cameroon donneront encore une chance à nos nombreux militants et électeurs dans les deux circonscriptions dont je viens de vous parler, de concourir pour les élections du 30 septembre. Si on revendique la légitimité du peuple, on doit tenir cette légitimité du peuple. Et cette légitimité est d'autant plus forte que tous les acteurs de la compétition y ont pris part et que le peuple s'est exprimé souverainement en disant ses préférences. On ne saurait accepter que des adversaires soient éliminés par des interprétations rigides, étroites et hors contextes de certaines dispositions de la loi. Des bons esprits nous diront que vous n'allez quand même pas demander à Elecam de prendre des libertés avec la loi. Ce n'est pas ce que dit le Mrc. Car si nous demandions à Elecam de prendre des dossiers qui n'y étaient pas déjà avant le refus qui nous a été opposé, alors nous serions en train de demander à Elecam de s'écarter de la loi.

Nous disons simplement que les deux dossiers doivent être pris pour qu'il y ait une cohérence entre les difficultés de l'administration à délivrer ces pièces au moment opportun et la disponibilité d'Elecam à organiser des élections auxquelles prennent part toutes les forces politiques. Nous en appelons à Elecam, qui va faire sa première expérience d'organisation des élections qui ne soient pas présidentielles, mais locales et législatives, de considérer attentivement, à la lumière des textes et à la lumière du contexte d'accepter les deux dossiers. Nous avons des dossiers qui ont été rejetés dans d'autres localités parce qu'ils n'ont pas pu être déposés à temps. Qu’Elecam prenne ceux de nos dossiers qui étaient à son siège à Yaoundé, à l'heure et qui attendaient simplement les déclarations de paiement de cautionnement pour les rendre complets.

Je dois d'ailleurs dire qu'il importe de relever que le Code électoral actuel en est à sa première expérience de fonctionnement et on devrait comprendre que de la même manière qu'Elecam a pu tâtonner çà et là, qu'il y'ait des difficultés que les rédacteurs de la loi n'avaient pas prévu. Et au rang de ces difficultés, il y a celle de la confection des récépissés. Je donnerai peut-être la parole tout à l'heure à notre trésorier pour qu'il vous explique comment cela se passe. C'est un parcours du combattant. Nous avons passé de 14h à minuit et jusqu'à ce matin pour que tous les récépissés sortent.

Je voudrai dire qu’Elecam ne peut pas, par moment, prendre des libertés vis-à-vis de la loi et à certains autres moments, dire qu'il s'en tient de façon stricte et rigide aux textes. Vous savez que c'est à la faveur de la démarche à la fois précontentieuse, c'est-à-dire administrative, devant Elecam c'est-à-dire recours gracieux, et contentieuse devant la Cour suprême, qu’Elecam qui avait arrêté les inscriptions sur les listes électorales en violation du Code électoral a rouvert les inscriptions sur les listes électorales après avoir perdu un mois aux Camerounais qui souhaitaient s'inscrire. Je vous apprendrai aussi que c'est grâce à l'intervention du Mrc qu'Elecam a fait un communiqué indiquant aux administrations que la délivrance des pièces administratives nécessaires à la constitution des dossiers pour les élections était gratuite. Nous avons saisi formellement Elecam et nous nous sommes rendus à leur siège où nous leur avons montré la disposition légale qui exigeait cela. Il y a donc eu à cette occasion, une bonne et franche collaboration appréciée et approuvée par Elecam elle-même. Nous espérons que de la même manière, la même coopération permettra que nos deux listes soient acceptées par Elecam. A charge pour le conseil électoral, qui effectivement apprécie l'acceptation ou la validité de ces dossiers de se prononcer sur la question. On ne refuse pas un dossier avant de l'avoir examiné».


20/07/2013
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 299 autres membres