Cameroun. La claque du général de Haute cloque

Verra-t-on un jour ce que les musulmans arabes considèrent comme «les martyrs de l’attaque du 11 septembre», bénéficier d’un mausolée aux Etats-Unis ? André Blaise Essama est allé plus loin que Mboua Massock en  déboulonnant  le Général Leclerc Marie Philippe de Haute cloque...
 
 
 

Général Leclerc-Douala, Cameroun

Je voudrais vous parler de Bonanjo, quartier administratif de Douala.

Ici sont concentrés les bâtiments de la présidence de la République, du gouverneur, les grandes administrations et les sièges des grandes banques et des grandes sociétés privées du pays. Le quartier se démarque des autres avant tout par l'état de ses routes, qui sont presque les seules à être entretenues. C'est également dans cette zone que se trouve le Consulat général de France. Bonanjo où se trouve le plateau Joss est un quartier qui porte la douleur depuis la nuit des temps.

C’était déjà un beau village avant l’arrivée des colons allemands. Des rues en terre bien entretenues, des cases en nattes, de la végétation, un quai en planches ou accostaient diverses embarcations dont les fameux navires de commerçants européens. A Bonanjo habitaient quelques clans dont les Bojongo, frère aîné du clan Bell principalement, dont la dynastie a régné durant plusieurs générations jusqu’au malheur.

L'opération de déguerpissement entreprise par les Allemands en 1913 vers le quartier New Bell a connu une violente opposition et a entraîné la mort par pendaison de Rudolf Duala Manga Bell et son homme de confiance Adolf Ngosso Din le 8 août 1914. Les Bell n'occuperont jamais ce quartier puisque les Allemands ont quitté le Cameroun deux ans plus tard et suite aux négociations avec les Français, c'est plutôt à Bali qu'ils s'installeront. Lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale, les troupes alliées envahissent le Cameroun.

Le 27 septembre 1914, un détachement français appuyé par des navires britanniques prend Douala. Des troupes françaises occupent la ville jusqu'en février 1916. Lors de la Seconde Guerre mondiale, les autorités camerounaises restent d'abord fidèles à l'État français. Au cours de la nuit du 25 au 26 août 1940, celui qu’on appelait alors le capitaine Leclerc et ses 22 hommes débarquent dans les marais de Douala, et ils rallient le détachement du capitaine Louis Dio (armée française régulière du Cameroun) à la cause de la France libre. Celui-ci revenait de Fort-Lamy (N'Djamena) avec un détachement de tirailleurs sénégalais.

Est-ce le prétexte idoine pour imposer au Cameroun, des places publiques, des  rues, des formations scolaires et une statue de cet homme de guerre français seulement connu dans l’histoire écrite par les  vainqueurs et dressé comme une tumeur sur la face du Bonanjo de Rudolf Manga Bell? Est-ce pour cela que des Camerounais doivent être condamnés a des peines de prison parce qu’ils ne se reconnaissent pas en ce héros étranger dont les hauts faits au Cameroun ont consisté à asseoir l’hégémonie étrangère dans notre pays ?

Verra-t-on un jour ce que les musulmans arabes considèrent comme «les martyrs de l’attaque du 11 septembre», bénéficier d’un mausolée aux Etats-Unis ? La querelle autour du monument Leclerc a été portée par Mboua Massock. Condamné à payer une amende de 100.000 FCfa pour avoir dégradé le monument du général Leclerc à Bonanjo, le combat de l’intrépide combattant de la cause nationaliste dont la lutte est engagée depuis 2001 contre les monuments coloniaux était permanente. Dans l’après-midi du vendredi 19 mai 2009, Mboua Massock enduit d’une peinture rouge le monument du général Leclerc. A l’arrière-plan du monument, il inscrit des phrases telles que : «nos héros et martyrs d’abord», «50 ans d’indépendance après, c’en est trop». A la suite de cet acte, Mboua Massock est  gardé à vue pendant trois jours. Au tribunal, Le combattant plaide coupable. 
Pourtant le gouvernement camerounais n’a pas encore signé dit-on, avec les propriétaires du monument la convention l’autorisant à en être le conservateur.

Cette statue fait-elle partie du patrimoine camerounais?  « Aucun monument n’est encore classé au Cameroun », une équipe du ministère des Arts et de la culture est en phase de recensement des patrimoines nationaux depuis des temps immémoriaux sans que les  résultats du recensement soient rendus publics. Ce sont donc des édifices privés qui n’ont pas leur place dans notre conscience collective malgré le qualificatif de « bien public destiné à la décoration publique », donné par les autorités, notamment la fameuse statue du général Leclerc.

Est-ce ainsi qu’il faut interpréter l’acte posé vendredi 30 août 2013 par André Blaise Essama, à la Place du Gouvernement à Bonanjo-Douala ?  Il est allé plus loin que Mboua Massock en  déboulonnant  le Général Leclerc Marie Philippe de Haute cloque. L’activiste a détruit le monument dédié à ce colon français et ne fait pas mystère sur les mobiles de son acte. «J’ai cassé ce monument afin que le Général Leclerc rejoigne la terre de ses ancêtres en Hexagone. Car je pense bien que sa place est certainement de ce côté-là.  Cette place où trônait ce monument de la honte est désormais pour nous, la place d’Um Nyobe, John Ngu Foncha, Martin Paul Samba, Douala Manga Bell et bien d’autres héros nationaux. C’est un appel lancé à l’endroit de nos autorités ayant en charge la gestion de nos villes afin que les rues soient baptisées des noms de nos héros, que les monuments soient érigés en mémoire de nos martyrs».

Dans la foulée, le tombeur du général a arraché des plaques au nom des Français qui servaient d’adresses aux rues, avenues et autres boulevards, en attendant que le pouvoir, pour l’instant tétanisé par cet acte inédit, entre en voie de répression comme toujours, à la place d’un débat public sur ces noms honorés au détriment des patriotes camerounais. Leclerc de Haute Cloque a dont reçu une claque monumentale. Comme hier, toutes proportions gardées,  la statue de Staline que les autorités de Gori, sa ville natale en Géorgie, ont déboulonné près d’un demi siècle après la mort de l’homme dont le nom est devenu le symbole du visage autoritaire du communisme.

La statue de six mètres de hauteur  a été remplacée par un monument dédié aux victimes de la guerre de 2008 entre la Géorgie et la Russie. Est-ce un symbole qui marque le début d’une ère nouvelle ? Pour le petit peuple, la tête de la statue qui représentait Nabuchodonosor, le roi tyrannique de Babylone comme le buste à terre de Leclerc, peut représenter les suppôts du néo-colonialisme africain, qui montrent patte blanche aux colons d’hier, tapis derrière les statues d’aujourd’hui et qui se font   idolâtrer dans toutes leurs décisions en se donnant des pouvoirs autocratiques sur l’Afrique des peuples.

Bon mercredi et à mercredi

Edking in Le Messager



04/09/2013
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 299 autres membres